Les moutons à nez noir

«Lorsque les pâturages de Zermatt sont bien verts, que la luxuriante flore alpine déploie ses plus belles couleurs et que mes moutons à la longue laine blanchie par un orage d’été paissent tranquillement devant les sommets enneigés, je suis comblé de joie. Pour moi un sentiment de chez soi.» Les yeux de Paul Julen scintillent de bonheur.

Enthousiaste, il relate les plus beaux moments de sa carrière de berger. Il faut dire que les animaux qui font partie de sa passion sont vraiment particuliers. Des cornes en spirale, une longue toison blanche, des taches noires sur les jambes sans oublier leur tête noire.

Lorsque Paul Julen acheta en 1972 avec son frère huit traditionnels moutons à nez noir du Valais, il fut loin de soupçonner que ceci allait changer sa vie. Ni l’un ni l’autre n’avait alors la moindre idée des moutons. Ils durent commencer à zéro. Aujourd’hui Paul est propriétaire de 300 bêtes, le plus grand élevage de cette race à la ronde. «Je ne veux pas faire que de l‘élevage. Nos hôtes peuvent découvrir par les animaux notre culture et la vie en montagne.» Chaque année, la famille Julen fait tanner 100 peaux de mouton pour permettre d’une part aux hôtes des restaurants d’être assis confortablement et d’autre part ces peaux sont souvent convoitées par

la clientèle comme souvenir de vacances. Les 1200 kg de laine livrée annuellement par les moutons sont également transformée. Pour la première fois cette année, ces peaux ont été transformées en couvertures bien chaudes pour les hôtes. «Afin de faire broder avec notre propre laine le logo de ‹Tradition Julen› sur celles-ci, nous avons heureusement toujours un mouton noir dans le troupeau», explique le fils Paul-Marc. Lui aussi est tombé sous le charme des moutons au nez noir et se réjouit d’aller de temps à autre leur rendre une petite visite en compagnie de ses deux garçons Jarno et Rajan.

De juin à octobre, les moutons au nez noir passent l’été sur l’alpe. Une partie d’entre eux sur le «Hohweng», une autre sur le «Hohbalm» et le reste en-dessus du Stafelalp. Paul Julen: «Les pâturages sont tous situés en-dessus de 2400 m d’altitude. Les moutons y sont heureux puisqu’ils peuvent y brouter librement». Afin qu’ils ne s’éloignent pas trop, nous leur donnons une fois par semaine du «Gläck» – un mélange de son et de pain qui est déposé toujours au même endroit sur des pierres. Le père et le fils sont unanimes. «Pour nous bergers, des moments très émouvants. Qui y a-t-il de plus beau que des animaux en liberté?»

Il reste cependant beaucoup de travail à côté. 80 tonnes de foin pour l’hiver provenant de plus de 250 parcelles doit être récolté – une grande partie encore à la main. Les moutons passent l’hiver dans une étable aux abords du village. L’occasion pour les Julen de présenter les moutons à leurs hôtes. A partir de décembre 2013, il est possible d’aller voir les moutons à l’étable où Paul ou Paul-Marc leur feront un récit intéressant sur la race des moutons à nez noir et l’agriculture traditionnelle. Les hôtes sont également invités pour l’occasion à déguster un bon verre de vin, accompagné de fromage et de viande de leur propre élevage.

La viande provenant des moutons à nez noir est une vraie délicatesse et elle est même appréciée des hôtes qui ne consomment pas autrement de viande d’agneau. «Cela est dû notamment au fait que les animaux broutent les meilleures herbes à cette altitude», explique Paul Julen. Env. 180 agneaux et 30 brebis sont menés chaque année à l’abattoir. Ce n’est cependant pas suffisant pour couvrir les besoins de nos établissements gastronomiques. La demande de spécialités de viande d’agneau est grande et l’excellente qualité est connue loin à la ronde. C’est pourquoi nous achetons des agneaux supplémentaires auprès d’autres amis éleveurs.

Même si Paul a toujours de peine à mener ses bêtes à l’abattoir – il le faut bien. Cependant, chaque année lorsque près de 200 jeunes agneaux cabriolent joyeusement sur la prairie, le cercle de vie recommence. «Le fait de pouvoir combiner mon travail d‘hôtelier à ma passion pour les moutons est un vrai cadeau. Si j’étais seulement avec les animaux, il me manquerait quelque chose. Si j’étais seulement parmi les gens également». Fort heureux que Paul ne doive pas se décider pour l’un ou l’autre. Il en irait de même inversement, il manquerait également à ses moutons comme à ses hôtes.